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Les investissements français à l'étranger
L'ouverture des économies est généralement accompagnée par une forte progression des échanges internationaux. Or, c'est aujourd'hui l'activité de production à l'étranger des firmes multinationales qui participe le plus activement à l'internationalisation des économies. Les ventes réalisées à l'étranger par les filiales de ces firmes multinationales représentent le double de la valeur du commerce mondial de biens et services ; leur production à l'étranger représente la moitié du commerce mondial. Cette évolution suggère d'examiner la dynamique des investissements directs étrangers : ces investissements, qui constituent un préalable à l'activité dans le pays hôte, peuvent avoir en retour un impact important sur les échanges, l'activité et l'emploi dans le pays investisseur. Ces questions préoccupent l'opinion publique et ses représentants : n'assisterait-on pas à une "expatriation des compétences et des capitaux" ? (1) Plus généralement la mondialisation est-elle subie ? Les investissements directs à l'étranger (IDE) n'ont-ils pas pour contrepartie des fermetures d'entreprises sur le territoire national, dans une logique où les investissements à l'étranger se substitueraient à des investissements en France ? Ces questions se posent avec une acuité particulière car la France est au troisième rang mondial des pays investisseurs à l'étranger et au cinquième rang mondial des pays d'accueil.
Quelques définitions L'investissement direct étranger se définit par la prise d'intérêt dans l'entreprise cible par l'investisseur. Le seuil de 10 % de contrôle direct est retenu par convention. En deçà de ce seuil, on parlera d'investissement de portefeuille. L'IDE peut être comptabilisé en flux (valeur des opérations enregistrées en balance des paiements au cours d'une année) ou en stock. Dans le deuxième cas, une convention de comptabilisation, valeur comptable ou valeur de marché, s'impose. Les flux financiers comptabilisés concernent : des
opérations en fonds propres (création d'entreprise, acquisition
ou extension d'une entreprise existante, achat d'obligations convertibles
en actions, subventions, financement de déficits d'exploitation,
consolidation de prêts, immobilier) ;
Les flux d'investissements étrangers de la France ont fortement augmenté sur les trois dernières années, pour atteindre 101 milliards d'euros en 1999. Ceci correspond à 7,5 % du PIB de la France, soit un triplement sur trois ans. Cette progression rapide des IDE sortants de France (dépassant de beaucoup celle des IDE entrants, qui n'atteignent que 2,7 % du PIB en fin de période) a une explication principale bien différente de la perception qu'on a généralement des investissements à l'étranger (voir graphique 1).
Dans tous les cas, il s'agit d'un rachat d'entreprises existantes, qui ne peut être assimilé à une délocalisation. Ces opérations sont motivées par l'achèvement du marché unique européen et plus généralement par l'accentuation de la concurrence au niveau international. De ce point de vue, la tendance enregistrée en France ne diffère absolument pas de ce qui est observé dans le reste de l'Union européenne.
Évalué à sa valeur comptable courante, le stock des investissements français à l'étranger a atteint 240 milliards d'euros en 1998. Cela représente 18 % du PIB français, contre 12 % en 1996. La progression récente est donc saisissante. Lorsque l'on calcule la valeur de ces actifs à l'étranger en valeur de marché, et non plus en valeur comptable, on atteint 632 milliards d'euros, soit 48 % du PIB.
Deux caractéristiques de l'implantation française à l'étranger doivent être relevées. On retiendra tout d'abord la part désormais limitée de l'industrie dans ce total, élément important par rapport à l'analyse des conséquences possibles de l'IDE sur l'activité, les échanges et l'emploi. La répartition sectorielle des secteurs dans lesquels ces investissements ont été réalisés évolue dans le temps : l'industrie au sens strict ne représente plus que 30 % du total en 1999, soit 9 points de pourcentage de moins qu'en 1991. La part du crédit s'est dans le même temps développée au détriment des autres services marchands et l'énergie a également progressé. Mais surtout, le poids des holdings à l'étranger a triplé dans le stock total, pour atteindre 12 % (voir graphique 3). La place des groupes et de leur restructuration financière est donc prédominante. L'autre caractéristique est le caractère très européen de cet IDE. Plus de la moitié des avoirs français à l'étranger sont situés dans un autre pays de l'Union européenne à quinze membres (UE15). Hors UE15, le principal pays d'intérêt pour les investisseurs français reste les États- Unis (plus d'un cinquième du stock). Les autres destinations importantes, comme le Brésil ou la Suisse, représentent des parts marginales. On remarquera la part infinitésimale du Japon (voir graphique 4). L'UE étant une économie intégrée, il est donc difficile de parler d'investissement à l'étranger pour la moitié des encours. Ceci est cohérent avec le fait qu'une proportion importante des échanges se fait entre pays européens.
Cette analyse en termes de stocks masque toutefois une réorientation géographique des flux d'investissements français : en 1999, 26 % des flux sortants (bénéfices réinvestis compris) se sont dirigés vers les États-Unis, 60 % vers l'UE15. Le premier pays de destination de ces investissements reste l'Allemagne, avec 29 % des sorties ; c'est aussi le premier partenaire commercial de la France. Un pays tel que la Chine ne représente que 0,2 % des flux français. On est donc bien loin d'un phénomène de délocalisation massive.
L'investissement
à l'étranger des entreprises nationales est motivé
par un constat simple : les perspectives de profit (y compris à
long terme, en prenant en compte les questions de stratégie de
positionnement sur les marchés extérieurs) y sont plus
élevées que sur le territoire national. On ne peut donc
considérer que ces investissements se substituent à des
investissements dans le pays d'origine. Les sommes investies à
l'étranger n'auraient tout simplement pas été investies
sur place, faute d'opportunité. Et, comme on l'a vu, cette opportunité
est de plus en plus fréquemment une opération de fusion-acquisition
: dans des marchés très ouverts, comme au sein de l'Union
européenne ou de l'OCDE, le meilleur partenaire n'est généralement
pas, pour des raisons stratégiques comme en termes de respect
des règles de concurrence, une entreprise nationale. Renault
n'a pas envisagé de fusionner avec le français PSA, mais
avec l'européen Volvo. Et l'élu est finalement le japonais
Nissan. Il n'y avait pas de Nissan en France, et cette opération
énorme de croissance externe est, de facto, un IDE. Comment donc savoir ce qui se serait passé en l'absence d'IDE, en termes de production et donc aussi en termes d'emploi ? La production à l'étranger ne prend-elle pas la place de la production et des emplois nationaux ? Nous devons exclure de notre analyse les fusions-acquisitions, pour lesquelles la réponse est totalement indéterminée, dans le cas général. Pour tous les autres investissements, au niveau microéco-nomique, la réponse est claire : il existe des cas de délocalisation d'activité. Telle entreprise de main d'oeuvre fermera ses unités de production en France pour ne garder que les activités de conception et de diffusion. Mais l'économie est une somme de secteurs, et au sein de ceux-ci une somme d'entreprises. L'exemple individuel, aux conséquences sociales toujours difficiles, ne saurait donc guider la réflexion. Une réponse plus circonstanciée est donnée par l'observation de la relation statistique entre commerce international, IDE et emploi. Lorsque l'on examine cette relation au niveau bilatéral (la France face à l'Allemagne, par exemple), l'IDE et le commerce sont apparemment complémentaires au niveau macroéconomique entre les deux pays considérés. Il s'agit toutefois en grande partie d'une illusion statistique, dont on ne peut tirer aucun argument en termes d'effet d'entraînement. Ce sont les mêmes déterminants qui expliquent l'IDE et les échanges : les deux pays sont proches, ont une frontière et une monnaie communes, sont de grande taille (en termes économiques), ont un revenu par tête élevé, etc. Mais surtout, la dimension sectorielle de la relation est très importante : une activité de service à l'étranger entraîne le plus souvent une présence (un réseau bancaire par exemple), ce qui n'est pas le cas dans l'industrie. Et d'une industrie à l'autre, le choix entre "produire et exporter" et "investir pour produire sur place" diffère : les économies d'échelle, les coûts de transport, l'intensité de la concurrence et la technologie contenue dans les produits affectent les choix des firmes. Enfin, la France investit et exporte dans les mêmes branches, qui sont les branches compétitives, ce qui est une difficulté d'analyse supplémentaire. Lorsque l'on contrôle, avec des méthodes statistiques appropriées, ces différents mécanismes "bruitant" la relation recherchée, une relation de complémentarité apparaît finalement entre commerce et IDE : investir à l'étranger entraîne des exportations supplémentaires (machines, pièces détachées, composants), en particulier dans les premières années, mais aussi des importations supplémentaires en provenance du pays d'accueil. Au total, l'effet net reste positif pour le commerce du pays exportateur. À l'intérieur des branches, chaque euro d'IDE français est ainsi associé à un excédent commercial de 30 cents dans l'industrie d'investissement, vis-à-vis du pays d'accueil. À long terme, toutefois, cet effet positif pour le pays émetteur s'estompe : l'activité des filiales françaises à l'étranger a un effet permanent marginal sur les exportations ou les importations françaises. Généralement, le contenu local de la production de la filiale s'élève, et la filiale s'autonomise. Cela n'empêche pas cette filiale de rester le plus souvent un centre de profit très important pour la maison mère. Au total, l'IDE ne "déplace" pas l'activité et l'emploi dans le pays d'origine. Le niveau de la production intérieure n'est pas affecté à long terme, et il l'est plutôt positivement à court terme. Ceci n'exclut pas un impact sur les qualifications : les activités maintenues sur le territoire national sont généralement plus qualifiées, plus intensives en recherche et développement, en un mot des activités à haute valeur ajoutée. De ce point de vue, l'IDE n'a donc pas des effets très différents du commerce pour des pays comme la France. Le site portail du secrétariat d'État au Commerce extérieur : www.commerce-exterieur.gouv.fr Le site du Centre français du commerce extérieur : www.cfce.fr
Paru
sur le site du Premier Ministre
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