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L'économie française
1945-1973 : des Trente Glorieuses à la montée du chômage Après la Deuxième Guerre mondiale, le monde développé connaît une phase de croissance forte et prolongée. Le modèle de production fordiste se généralise à l'ensemble de l'industrie et permet la production de masse, les innovations technologiques sont nombreuses et la productivité du travail de l'économie dominante, celle des États-Unis, est de 2,5 % par an. L'Europe et la France profitent de cette vague d'innovations à laquelle s'ajoutent deux phénomènes spécifiques : la reconstruction, suite aux dommages de la guerre sur les biens productifs ou résidentiels, et le rattrapage technologique sur les États-Unis. Ce double effort d'investissement en capital et en technologie engendre une croissance de la productivité du travail de l'ordre de 5 % par an. À ce rythme, la production par individu double tous les 14 ans. Pendant les Trente Glorieuses, comme les appelle l'économiste Jean Fourastié, la production par individu et donc la richesse ont pratiquement quadruplé ! L'industrialisation progressive des sociétés européennes a pour conséquence une modification profonde de la société : la population agricole vient gonfler les effectifs de l'industrie. En France, la part de l'emploi agricole passe de 20 % dans les années 60 à un peu plus de 10 % en 1970. L'industrialisation va de pair avec l'urbanisation et l'exode rural. Les chocs pétroliers, le ralentissement de la productivité La fin du système monétaire de Bretton Woods (1971) et le premier choc pétrolier suite au conflit israëlo-arabe (1973) marquent la fin de ce cycle d'expansion. Les tensions apparues à la fin des années 60 se sont traduites par de l'inflation (autour de 6 % en France et en Europe en 1968, 4 % aux États-Unis) et expliquent la décision d'abandonner la convertibilité du dollar. La fin du système monétaire de Bretton Woods aurait ainsi sa source dans une croissance devenue ingérable. L'année 1975 est marquée par une récession. En moyenne de 1973 à 1979, la croissance retombe à un rythme nettement inférieur à 3 % l'an. L'inflation gagne et atteint des rythmes à deux chiffres. Face à la coexistence d'une inflation à deux chiffres et d'une croissance faible, les politiques économiques peinent à trouver une voie et paraissent impuissantes. L'Europe connaît de grands désordres monétaires et le chômage augmente de pratiquement 5 points en l'espace d'une décennie. Alors que dans les années 60, il fluctuait autour de 3 %, en 1983, il atteint plus de 8 %. La trajectoire française est très liée à celle de l'Europe que ce soit en termes de croissance du PIB, d'inflation ou de chômage. L'ébauche d'union monétaire, avec le "serpent monétaire" créé en 1972, puis le "système monétaire européen", entérine et renforce la liaison des conjonctures européennes. Pourtant, à plusieurs reprises, des écarts apparaissent entre le chômage français et le chômage européen. Ainsi, de 1977 à 1981, la politique économique de la France abandonne explicitement l'objectif de plein emploi. Le gouvernement Barre (1976) lutte activement contre l'inflation. Le résultat en est une augmentation plus forte du chômage que la moyenne des pays européens, avec une performance relative en matière d'inflation mais un bien meilleur contrôle des déficits publics. En 1979, le second choc pétrolier frappe à nouveau l'économie mondiale et relance l'inflation. En 1981, les Français élisent un socialiste comme président, François Mitterrand. De grands espoirs sont placés dans une vigoureuse politique de relance et de l'emploi. L'impact sur le chômage est suffisant pour que la France passe en dessous de la moyenne européenne. Mais les contraintes macroéconomiques et, en particulier, la contrainte extérieure obligent la France à fermer cette parenthèse avec le retour de la rigueur en 1983 et le gouvernement Delors. La construction européenne, l'inflation vaincue Les situations économiques américaine et européenne s'écartent singulièrement dès le début des années 80. Les politiques économiques connaissent des orientations divergentes. L'inflation aux États-Unis s'assagit plus tôt qu'en Europe sous l'impulsion d'une politique monétaire affranchie des contraintes extérieures. La croissance peut alors reprendre durant la deuxième moitié des années 80 aux États-Unis et le chômage baisse. Le policy mix des "reaganomics" réussit beaucoup mieux que les politiques non coordonnées qui sont menées en Europe. Le retour de la croissance est plus tardif en Europe, probablement enclenché par le contre choc pétrolier de 1986. Mais l'écart de chômage avec les Etats-Unis est creusé, même s'il semble se réduire en 1986. En France, le gouvernement engage une politique de lutte contre l'inflation, la désinflation compétitive à partir de 1983. Elle consiste à rompre l'indexation entre les salaires et les prix, à ancrer le franc sur le deutsche Mark (la politique du franc fort) et à libéraliser l'économie (par les privatisations et la déréglementation). Les années 90 confirment les divergences entre l'Europe et les États-Unis. La guerre du Golfe (1990), puis la réunification allemande (1991) plongent l'Europe dans une récession en 1993. Le choc de la réunification provoque des tensions inflationnistes fortes en Allemagne. Une réévaluation du Mark aurait atténué le choc pour le reste de l'Europe mais le dogme de l'ancrage persiste dans la plupart des pays européens. La politique monétaire restrictive s'applique à l'Europe entière au lieu de n'agir qu'en Allemagne. De la réunification allemande jusqu'en 1998, la politique économique a pour objectif principal la monnaie unique européenne et le respect des critères de convergence prévus par le traité de Maastricht. L'inflation, le déficit public, la dette publique doivent atteindre des critères précis. En conséquence des politiques menées, la croissance est faible et le chômage grimpe tandis que l'inflation et les déficits publics sont contrôlés. Le retour de la croissance Depuis 1997, l'Europe connaît à nouveau un cycle de croissance. Le chômage a amorcé sa décrue dès le milieu de l'année 1997 et après trois années de croissance, le débat public porte sur le plein emploi. Quel est le taux de chômage que peut soutenir l'économie européenne ? Combien de temps pour retourner au plein emploi ? Telles sont les questions qui se posent. Le cycle de croissance est alimenté par le rattrapage du retard d'investissement accumulé pendant le début de la décennie 90. La reprise de la croissance de la productivité du travail aux Etats-Unis laisse espérer un cycle de croissance porté par les nouvelles technologies. Aux États-Unis elle atteint à la fin des années 90 un rythme comparable à celui qu'elle avait pendant les Trente Glorieuses. Les chiffres européens ne permettent pas de distinguer une rupture dans le rythme de croissance de la productivité, mais nombreux sont ceux qui rêvent de l'exemple américain pour l'Europe et la France de demain. La politique de l'emploi en France à la fin des années 90 a été l'occasion de quelques innovations assez ambitieuses. Les allégements de charges sur les bas salaires (débutés en 1993, accentués en 1995 et complétés en 1999), les emplois-jeunes (mis en place en 1997 et développés durant les années 1998 et 1999) et les 35 heures, (en 1999, après la loi Robien de 1996 et les allégements de charges sur le temps partiel de 1993) ont beaucoup alimenté le débat public. Ces mesures ont probablement contribué à la bonne performance de l'emploi en France et à la réduction de l'écart de chômage avec ses principaux partenaires. En 2000, alors que la France connaît une croissance comparable à celle de la zone euro (3 %), le chômage se réduit deux fois plus (1,5 point en France contre 0,7 point en Europe). Le retour de la croissance a facilité la gestion publique et les déficits publics ont largement profité du dynamisme des recettes fiscales. Cependant, la dette publique garde la trace des mauvaises années. La dette de l'État français en 2000 est d'un peu moins de 60 % du PIB et engendre un versement d'intérêt d'environ 3,5 % du PIB par an. Malgré tout, la position extérieure d'endettement net français est positive (de l'ordre de quelques points de PIB), alors que l'endettement extérieur net des Etats-Unis est négatif et représente plus de 20 % de leur PIB.
Une économie marquée par le chômage Le chômage a profondément marqué l'économie française mais le taux de chômage n'est pas nécessairement la meilleure mesure de cette "souffrance sociale". La montée du chômage s'est accompagnée d'une augmentation très nette de la durée moyenne du chômage. Elle a pratiquement doublé en trente années. Aux États-Unis, la durée moyenne de chômage est de l'ordre d'un mois en 2000 pour un taux de chômage de 4 %. La durée est très variable suivant les chômeurs. Une part des chômeurs sort du chômage assez rapidement, alors qu'un noyau dur y reste très longtemps. Ainsi, les chômeurs âgés ont une durée moyenne supérieure à deux ans, alors que les 15-24 ans connaissent des épisodes de chômage de 8 mois, inférieurs de moitié à la moyenne. La part des chômeurs de longue durée (chômeurs de plus d'un an) a doublé en trente ans. Le nombre de chômeurs de longue durée a été multiplié par huit depuis 1970. Le chômeur de longue durée est plutôt âgé et a un niveau d'éducation inférieur à la moyenne. Le dualisme du chômage est très marqué et s'est largement accentué avec la montée du taux de chômage. Le chômage touche de façon à peu près équivalente les hommes et les femmes. Le chômage des jeunes est élevé, mais correspond à des épisodes de chômage assez courts. Il est aussi associé à un taux d'activité relativement faible (environ 40 %), parce que les jeunes sont majoritairement scolarisés. Ce n'est donc pas un jeune sur cinq qui est au chômage, mais un sur douze. Les mutations de l'emploi Les Trente Glorieuses ont été marquées par un développement rapide de l'industrie. Les ressources en main-d'oeuvre ont été puisées dans le secteur agricole qui a connu d'importants gains de productivité. Plus récemment, c'est le secteur tertiaire qui s'est développé. Ce phénomène est général dans les pays avancés où la part de l'industrie s'est nettement réduite. En France, l'industrie ne compte plus que pour un peu plus d'un emploi sur six, alors qu'elle représente encore un pour quatre en Allemagne. Le développement des services s'est fait à la fois dans le secteur marchand, avec une très forte progression des services aux entreprises et aux personnes et ans le secteur des services administrés. Outre les fonctions d'administration centrale et les emplois aidés, cette catégorie recouvre le secteur de la santé et de l'éducation dont l'évolution a été spectaculaire au cours des vingt dernières années. La
santé La dépense de santé a connu des évolutions comparables dans les pays développés. La règle semble être que plus un pays est riche, plus la dépense de santé est grande. Ce n'est donc pas par une part importante des dépenses de santé dans le PIB que la France se caractérise, mais plutôt par une socialisation forte de son système de santé. La différence avec les États-Unis est flagrante, puisque la part prise en charge par le système public est de plus de 75 % en France contre moins de 45 % aux États-Unis. Le système français est assez proche de la moyenne européenne. Il est assez difficile de relier les dépenses de santé à des indicateurs de la santé. Des facteurs autres que la dépense influent fortement sur les indicateurs de santé - par exemple, les habitudes alimentaires ou le climat. Par ailleurs, les dépenses de santé peuvent être décidées en fonction d'autres critères que l'amélioration de statistiques vitales, et, en particulier, viser à augmenter le confort. Néanmoins, on peut dire que le système de santé français a d'assez bons résultats en matière d'indicateurs de santé. L'éducation La démographie explique en partie cette stagnation. Bien que la part des dépenses d'éducation stagne dans le PIB, la dépense par élève ou étudiant augmente. Tout comme le secteur de la santé, le secteur de l'éducation est très socialisé en France. La différence avec les Etats-Unis ou l'Allemagne est nette : alors que la proportion est de l'ordre de trois quarts ou quatre cinquièmes pour les États-Unis et l'Allemagne, pratiquement 100 % de l'enseignement relève en France d'un financement public. En termes de performance, le bilan du système français est mitigé. Les comparaisons internationales de niveau scolaire menées ces dernières années montrent une bonne, voire très bonne performance française en particulier dans les matières scientifiques : les diplômes français sont ainsi de bonne qualité en comparaison avec les autres pays développés. En revanche, le diplôme final moyen des Français est bas par rapport aux autres pays. Cette moyenne est abaissée par les générations les plus âgées alors que parmi les jeunes générations, les parts de diplômés de l'enseignement universitaire tendent à se rapprocher. Cependant, la dépense par étudiant est encore en France 40 % de ce qu'elle est aux États-Unis. Après avoir pris la voie de l'éducation supérieure de masse avec retard, la France, comme l'Europe, s'y engage en comptant les moyens. Une économie ouverte Le commerce extérieur de la France représente 28 % du PIB en 2000 contre 20 % en 1980. La France est donc une économie de plus en plus ouverte qui dépend de l'extérieur pour trois raisons principales. Premièrement, la France doit importer un certain nombre de ressources naturelles non disponibles sur son territoire. Ainsi, les produits énergétiques - principalement des hydrocarbures – représentent plus de 6 % des importations. Deuxièmement, l'industrie française est très ouverte, en particulier sur l'Europe. L'industrie au sens large (en incluant l'agroalimentaire) représente plus des trois quarts du commerce extérieur français et les échanges industriels sont réalisés à plus de 60 % avec les voisins européens avec un solde positif. Troisièmement, la France est un pays d'accueil pour le tourisme. C'est une destination phare dans le monde et cela se traduit par une activité importante d'exportation de services et un solde comparable à celui de l'industrie au sens large. Avec un commerce extérieur de plus en plus important, la France s'est, en outre, engagée récemment dans le processus de mondialisation. La fin d'une doctrine des industries publiques, qui a fabriqué quelques fleurons et a connu quelques échecs, les privatisations et la libéralisation de certains secteurs, comme les télécoms ou le transport aérien, ont modifié profondément la façon dont les entreprises françaises sont placées dans le monde. Les stocks d'investissement direct à l'étranger illustrent ce mouvement de mondialisation. En 1985, la France était dans une position atypique pour un pays développé. Son stock entrant était équivalent à son stock sortant. Depuis, la situation a évolué fortement, et la France connaît un profil de stock d'investissement direct plus comparable à celui de l'Allemagne. La différence reste encore nette avec les États-Unis, économie de plus grande taille, et le Royaume-Uni marqué par l'importance de la place financière de Londres. Ce phénomène d'ouverture s'est accéléré récemment. Les opérations de fusions acquisitions et en particulier les achats opérés par des entreprises françaises représentent aujourd'hui, en part, plus de deux fois ce qu'elles étaient en 1995. Cette accélération concerne l'ensemble des pays européens devenus acheteurs nets en 1999 alors que les Etats-Unis devenaient vendeurs nets. Vers la nouvelle économie ? Le boom de croissance récent aux Etats-Unis est très souvent relié aux innovations dans la technologie de la communication et de l'information. La France est, dans ce domaine, en retard, comme les indicateurs de diffusion d'ordinateurs personnels le montrent. Il est tentant d'anticiper que les progrès réalisés par l'Europe et la France dans ces domaines seront le socle d'une phase de prospérité forte en Europe, comparable à celle qu'ont connue les États-Unis. La France investit moins que les Etats-Unis dans la recherche et développement. Le lien n'est pas toujours direct entre R&D et prospérité future, mais la stagnation en point de PIB des dépenses de R&D en Europe est préoccupant par rapport à l'accélération qui a eu lieu aux États-Unis. Cette stagnation est la résultante d'une augmentation de la dépense privée moins dynamique en France qu'aux États-Unis et à une diminution modérée de la part financée par le secteur public qui semble générale à tous les pays. La France a peut être à la fois poussé plus loin la logique de contrôle des dépenses publiques en matière de recherche et les entreprises ont moins pris le relais qu'outre-atlantique. On associe habituellement à la "nouvelle économie" un dynamisme entrepreneurial particulier. En France, la création dunouveau marché en 1997 est une des réponses au besoin de financement d'activités innovantes à haut risque. Les flux associés à ce marché, bien qu'en accélération forte, restent cependant très faibles. Le flux annuel de fusions acquisitions en France est de l'ordre de 70 milliards d'euros, soit plus de cent fois plus que les fonds levés sur le nouveau marché et pratiquement deux cents fois plus que les montants investis dans le capital-risque... La France et l'Europe sont aujourd'hui assurément des membres actifs du club des pays riches. Ces pays sont porteurs d'un modèle de développement particulier tentant une synthèse entre socialisation de l'économie et fonctionnement de marché, intégrée dans l'économie mondiale et adaptée aux règles actuelles du capitalisme mondial. Cette synthèse a été mise à mal par deux décennies difficiles où la montée du chômage a miné la société en profondeur et où les déficits publics ont remis en cause la dépense publique quel qu'en soit l'objectif. Conserver une protection sociale, garantir l'égalité des chances, assurer un traitement digne à la pauvreté sont des valeurs partagées par un grand nombre de pays d'Europe continentale. Les populations européennes vont vieillir. Les règles actuelles de cessation d'activité conduisent à un alourdissement de la facture des retraites à l'horizon des prochaines décennies. Le ratio de dépendance, rapportant les inactifs aux actifs devrait ainsi croître d'un peu plus de 50 % à 65 % en 2020 et plus de 80 % en 2040. Différentes solutions existent pour absorber ce choc, mais certaines sonneraient le glas d'une certaine forme de solidarité. La libéralisation de l'économie a été largement menée ces dernières années. Quelques entreprises restent à privatiser, des participations importantes de l'État restent à liquider, mais les grandes réformes ont été accomplies dans l'industrie française. La banque a été restructurée, le secteur des télécommunications a été ouvert à la concurrence (1998) et la concurrence a été accrue dans le commerce. Le secteur de l'énergie (partiellement ouvert à la concurrence en 2000) et du transport terrestre restent à transformer, mais ce sont probablement les derniers bastions de la politique industrielle à la française. La fonction publique devra suivre ces évolutions. Des réformes y sont nécessaires pour que le système social français puisse continuer à survivre et à conforter la cohésion sociale. L'enjeu est de gagner en productivité, par exemple dans la collecte de l'impôt, pour dégager des ressources pour la santé, l'éducation ou la recherche. La construction européenne inscrit la France dans un ensemble dont le poids au niveau du monde est important. Au-delà des problématiques de politique économique conjoncturelle, cet ensemble peut peser sur le développement économique de la planète et faire contrepoids à la puissance nord-américaine.
voir aussi les autres feuillets consacrés à l'économie www.minefi.gouv.fr www.insee.fr www.ofce.sciences-po.fr
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