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L'agriculture française dans l'espace européen


Poursuivie depuis le dix-neuvième siècle à l'abri d'une forte protection aux frontières, l'évolution de l'agriculture française a été étroitement guidée à partir des années 60 par une politique agricole commune (PAC) qui est la plus complète et la plus intégrée des politiques européennes.

Dans ce cadre, cette agriculture a évolué de façon très proche de celle des agricultures des autres pays de l'Union, notamment des plus anciens membres de celle-ci. Elle présente toutefois certains traits plus spécifiques qui découlent en particulier des données naturelles : les surfaces dont elle dispose en font la plus importante des agricultures d'Europe et ont permis à la France de devenir exportatrice nette de produits agro-alimentaires dès la fin des années 60. La diversité de ses sols et de ses climats lui permet de produire en quantités importantes la quasi-totalité des divers types de productions de la zone européenne, de celles de la polyculture et de l'élevage à celles des régions méditerranéennes. Par ailleurs, les départements et territoires d'outre-mer fournissent également des quantités importantes de produits de la zone tropicale : sucre de canne, bananes, fruits et fleurs.

La situation actuelle : chiffres et repères
Les exploitations agricoles
La population active agricole
La production agricole
Le commerce extérieur
L'évolution de l'agriculture française
La création du marché agricole européen
L'avenir de la PAC


La situation actuelle : chiffres et repères

La superficie agricole totale de la France métropolitaine représente près de 33 millions d'hectares, soit 60 % de la surface du pays, le reste se répartissant entre les bois et forêts (15 millions d'hectares) et le territoire non agricole (7 millions). Cette superficie agricole diminue lentement depuis de nombreuses années au profit des deux autres utilisations. Une partie de ces terres n'est pas cultivée ; après d'importantes opérations de défrichement, d'assainissement et de remise en culture poursuivies jusqu'aux années 70, elle se stabilise désormais à près de 3 millions d'hectares. La superficie agricole utilisée est donc d'environ 30 millions d'hectares, soit un demi-hectare par habitant et environ 23 % de la superficie agricole totale des quinze états de l'Union.

La majeure partie de cette superficie (plus de 61 %, contre 55 en 1950) est occupée par les terres labourables ; les surfaces toujours en herbe représentent un peu moins de 35 % du total, contre 38 en 1950 ; les vignes et vergers n'occupent plus qu'environ 4 % de cette superficie, soit un peu plus d'un million d'hectares contre 2 millions en 1950, suite à la concentration de la production de fruits dans des exploitations très spécialisées et à l'arrachage d'une partie du vignoble de vins courants, surtout après 1980.

Les surfaces occupées par les céréales (autour de 9 millions d'hectares) et les betteraves (environ 450 000 hectares) sont assez stables depuis 40 ans. Les surfaces en oléagineux et protéagineux ont connu une très forte croissance, passant de 250 000 hectares en 1960 à plus de 2,7 millions actuellement. Au total, les surfaces en grandes cultures ont augmenté de plus de 2,3 millions d'hectares. En revanche, les surfaces consacrées à l'alimentation du bétail (surface toujours en herbe et cultures fourragères) se sont fortement réduites, passant en 40 ans de 20 à 14,6 millions d'hectares : c'est essentiellement à leur détriment que se sont effectuées la diminution de la superficie agricole et l'augmentation des surfaces en grandes cultures. Mais cette évolution n'a pas été homogène. Elle recouvre des mouvements très complexes de spécialisation entre régions, certaines transformant en terres labourables leurs prairies permanentes pendant que d'autres au contraire remplaçaient leurs cultures végétales ou une partie de leurs prairies par des cultures fourragères intensives, en particulier le maïs-fourrage.


Les exploitations agricoles

Leur nombre n'a cessé de décroître, à un rythme qui a varié selon les périodes entre 3 % et plus de 5 % par an, essentiellement en fonction du nombre des cessations d'activité des exploitants les plus âgés, nombre influencé lui-même par les mesures prises, au niveau européen ou au niveau national, pour encourager ces cessations (indemnités de départ, préretraites, retraite à 60 ans). Il était en 1997 de 680 000 (contre 1,6 million en 1970), dont 424 000 exploitations à temps complet.

La surface moyenne de ces exploitations est donc désormais voisine de 42 hectares, soit plus du double de la moyenne des quinze pays de l'Union. Cette moyenne recouvre évidemment des situations très dispersées : environ 70 000 exploitations, soit 11 % de l'ensemble, ont une surface supérieure à 100 hectares et regroupent 43 % de la superficie totale. À l'inverse, 244 000 exploitations de moins de 10 hectares (parmi lesquelles beaucoup sont à temps partiel) ne couvrent que 3 % de cette superficie.


La taille des exploitations en 1997 - Source : AGRESTE - Enquête structure.

L'activité de ces exploitations est très directement liée à leur surface, et plus précisément à la surface disponible par actif. La polyculture-élevage, qui était autrefois le modèle dominant d'activité, a progressivement régressé, laissant place à des types d'exploitations plus spécialisées. Si les plus grandes peuvent occuper et rémunérer leur main-d'oeuvre en se consacrant presque exclusivement aux grandes cultures, les exploitations moyennes restent majoritairement centrées sur l'élevage, en particulier la production laitière et la production intensive de viande bovine dans des ateliers d'engraissement. Les plus petites se spécialisent dans les productions qui dégagent un produit brut par hectare élevé : viticulture, maraîchage, productions animales spécialisées (porc ou volailles).


La population active agricole


Elle a évolué comme les exploitations, mais plus rapidement. Les actifs membres de la famille, autres que les exploitants et leurs conjoints, tendent à disparaître (on n'en comptait plus que 24 000 en 1997). Le nombre de salariés agricoles permanents s'est également réduit très fortement, cette diminution étant toutefois en partie compensée par le recours au travail temporaire. Enfin, les épouses d'exploitants elles-mêmes sont de moins en moins nombreuses à travailler sur l'exploitation : 55 % d'entre elles en 1997, contre les trois quarts en 1979. Au total, en 1997, les exploitations agricoles occupaient 1 260 000 actifs familiaux, dont 473 000 à temps plein, et 140 000 salariés permanents. Ces actifs représentent à peu près 4 % de la population active totale (contre 8 % voici vingt ans), soit un niveau très proche de la moyenne européenne, auquel il convient d'ajouter l'emploi dans les industries agroalimentaires, lui-même assez stable autour de 2,7 % de la population active totale.

Le résultat agricole moyen par actif (moyenne annuelle sur la période 1996-1998)- Source : AGRESTE.


La production agricole

Sa valeur totale atteint actuellement environ 63 milliards d'euros, soit une part de la production totale de l'Union (23 %) voisine de celle des superficies. La part de la valeur ajoutée de l'agriculture dans le Produit intérieur brut est désormais d'environ 2,3 %, équivalente à celle des industries agroalimentaires.

La diminution régulière de cette part a été due, pendant les périodes de forte croissance économique, à une augmentation de la production sensiblement inférieure au rythme général de croissance, cependant que les prix agricoles à la production évoluaient comme la moyenne des prix du PIB. Depuis vingt ans en revanche, la croissance de la production agricole en volume a été proche de la croissance générale. La poursuite de la diminution de sa part dans le PIB s'explique surtout par la dégradation régulière des prix relatifs agricoles sous l'effet de la saturation du marché intérieur européen et des adaptations de la PAC.

Cette production est répartie de manière hétérogène sur le territoire national. Les régions du Nord et de l'Ouest concentrent la majeure partie des terres cultivées, des plus grandes exploitations et de la production, et rencontrent désormais, à ce titre, les mêmes problèmes de gestion de l'environnement que d'autres régions de l'Europe du Nord. À l'inverse, la moitié Sud/Sud-Est du territoire concentre l'essentiel des zones de montagne et des zones défavorisées, avec les difficultés de ces zones en termes de revenus agricoles et d'occupation de l'espace.

La production nationale couvre très largement les besoins de la consommation intérieure française pour les principaux produits, à l'exception essentiellement de certaines graines oléagineuses et tourteaux pour l'alimentation animale, d'une partie des fruits et légumes, de certaines viandes (viande ovine notamment), de divers produits tropicaux et des produits de la pêche.


Le commerce extérieur

Le solde du commerce extérieur agroalimentaire de la France, devenu positif pour la première fois en 1969, a fortement progressé depuis. Il dépasse maintenant régulièrement 9 milliards d'euros. Il ne contribue que pour partie désormais à l'excédent des échanges extérieurs, mais sa contribution a souvent été décisive dans le passé, notamment à une époque où ce solde extérieur jouait un rôle essentiel dans la gestion des parités monétaires.

Ce solde résulte de courants d'échanges beaucoup plus importants : plus de 35 milliards d'euros d'exportations et environ 26 milliards d'euros en importations. La France est ainsi devenue le second exportateur mondial de produits agroalimentaires. Ces échanges se font surtout dans le cadre européen : environ 70 % des exportations et importations de produits agroalimentaires, et 75 % du solde, recouvrent des échanges avec les autres pays de l'Union.

Le commerce extérieur français avec l'Union européenne (France, y
compris les DOM, à partir de 1997) - Source : Douanes.


Par ordre d'importance décroissante, les principaux postes excédentaires sont : les vins et boissons, en progression très forte et régulière depuis 1970 et dont le solde est, à lui seul, équivalent à plus de 90 % de l'excédent total ; les céréales, dont le solde a atteint son maximum en 1985 et fluctue désormais autour de 4 milliards d'euros ; enfin les produits laitiers, les animaux vivants, le sucre et les produits à base de sucre. Les principaux postes déficitaires sont les produits de la pêche et de l'aquaculture, le tabac (suite au développement de la consommation de tabacs blonds), les fruits et préparations à base de fruits, les produits exotiques (café, thé, épices, cacao).
Le commerce extérieur français avec les pays tiers (France, y compris
les DOM, à partir de 1997) - Source : Douanes.


L'évolution de l'agriculture française

Cette situation est le produit d'une évolution longue, qui n'est certainement pas achevée même si elle se poursuit désormais dans des conditions différentes.

Malgré les superficies dont elle dispose, l'agriculture française ne parvenait pas, avant les années 30 et à plus forte raison en 1945, à couvrir la totalité des besoins alimentaires du pays. Les modalités particulières du développement économique de la France en avaient fait un secteur "à part", sensiblement en retard du point de vue de la productivité par rapport à d'autres nations. À partir de 1945 cette situation s'est profondément modifiée. Confrontés à la double nécessité de résoudre rapidement les problèmes d'alimentation de la population et de limiter la part de la main-d'oeuvre consacrée à la production agricole pour répondre aux besoins de la reconstruction et du développement industriel, les pouvoirs publics ont fait un effort important en faveur du développement de la production et de la productivité : les secteurs du machinisme agricole et des engrais faisaient partie des secteurs prioritaires du premier plan de modernisation. Cet effort a produit rapidement ses effets, au point que des déséquilibres sont apparus dès le milieu des années 50 sur certains marchés où la production croissait plus vite que la demande intérieure (lait et viande bovine), conduisant à la création des premiers organismes nationaux d'intervention.


La création du marché agricole européen

Dans ce contexte, l'ouverture du marché commun agricole est apparue aux agriculteurs à la fois comme une chance et comme un danger. Chance parce que le marché des six premiers pays membres était encore assez nettement déficitaire pour les principaux produits ; mais aussi danger en raison des retards de productivité par rapport aux agricultures d'autres états, du moins dans les productions animales et certaines productions végétales intensives. C'est dans cette perspective que les jeunes agriculteurs ont obtenu des pouvoirs publics, au début des années 60, la mise en place d'une politique "des structures" visant à favoriser la croissance des exploitations et leur modernisation, en encourageant le départ des exploitants âgés et en contrôlant la distribution des terres libérées. Les orientations et les instruments de cette politique ont été largement repris, à partir de 1972, dans la politique "socio-structurelle" de la Communauté économique européenne (CEE).

En fait ces craintes se sont révélées excessives. Les pays fondateurs de l'Europe, confrontés aux mêmes problèmes que la France, avaient recouru à des politiques comparables. La politique agricole commune (PAC) a donc prolongé les principales orientations de celles-ci. La protection du marché intérieur et les mécanismes d'intervention sur ce marché ont permis de continuer à régulariser les prix des produits agricoles, stimulant ainsi fortement les investissements dans les exploitations et le développement de la productivité du travail, de la terre et des animaux. Cela d'autant plus que les prix communs ont plutôt été ajustés sur les niveaux les plus élevés préexistant dans les pays membres, entraînant, par exemple, une hausse sensible du prix des céréales en France.

La création du marché commun agricole ne s'est donc pas traduite par une forte concurrence entre agricultures mais plutôt par une expansion générale, d'abord sur le marché intérieur puis sur les marchés internationaux.

Dans ce contexte, la restructuration nécessaire de l'agriculture a pu s'opérer sans trop de problèmes. La croissance de la productivité du travail, très rapide (plus de 8 % par an), s'est faite sans difficulté sociale majeure, les disparitions d'exploitations ne résultant pratiquement que de la non-reprise d'une partie d'entre elles lors des cessations d'activité d'agriculteurs âgés.

La stabilité des prix relatifs agricoles à la production a permis aux actifs agricoles de bénéficier de leurs gains de productivité : les revenus d'exploitation ont augmenté au même rythme que le salaire moyen par salarié dans le reste de l'économie. Les crises sectorielles et les réformes de la PAC Cette situation favorable s'est progressivement infléchie depuis les années 80, sous l'effet de la saturation du marché européen et des adaptations successives de la PAC imposées par les conséquences budgétaires et internationales de cette saturation. Les revenus agricoles ont connu alors une dégradation assez sensible en raison de la diminution des prix relatifs, et les crises successives qui ont affecté périodiquement les secteurs des productions intensives et de l'élevage ont révélé la fragilité financière croissante de beaucoup d'exploitations. Les situations de faillite, autrefois à peu près inconnues, sont devenues de plus en plus fréquentes.

Si les dernières réformes de la PAC ont permis de stopper la dégradation moyenne des revenus, en remplaçant une partie du soutien des prix par des aides fixes, elles n'ont pas réglé durablement la question du cadre économique général de l'activité agricole. La PAC est désormais confrontée : d'une part à la pression de la mondialisation, par le biais des diverses négociations multilatérales ou bilatérales dans lesquelles l'Europe s'est engagée ; d'autre part aux préoccupations nouvelles des consommateurs, qui ont oublié depuis longtemps les difficultés qui peuvent résulter de ruptures d'approvisionnement ou de fluctuations brutales des prix alimentaires et se préoccupent de la qualité des produits qui leur sont proposés ; enfin à la nécessité de corriger les déséquilibres et les atteintes à l'environnement découlant des modes de développement antérieurs de l'agriculture.

Quelles que soient les voies retenues en définitive, l'agriculture française conservera les atouts qu'elle tient de ses surfaces, de ses conditions naturelles, de la diversité et de la qualité de ses productions. Mais les modalités de leur mise en valeur dépendront largement de la politique d'accompagnement de l'activité agricole.

Les préoccupations touchant à la qualité des produits, à la protection de l'environnement et à l'équilibre des zones rurales, sont progressivement mieux prises en compte dans la PAC, avec les politiques d'identification des produits, la montée en régime de la politique de développement rural, enfin l'introduction de conditions visant à freiner l'intensification et à améliorer le respect de l'environnement dans les critères d'attribution des aides. Elles le sont également dans les politiques nationales : la France développe actuellement, avec les Contrats territoriaux d'exploitation (CTE) une approche nouvelle qui a pour but de réorienter une partie des aides aux produits vers des actions adaptées aux problèmes spécifiques des différentes zones du territoire. Cela sous une forme contractuelle qui vise à garantir à la fois que les financements seront orientés avec précision et que leurs bénéficiaires respecteront les objectifs fixés.


L'avenir de la PAC

De fortes incertitudes affectent, en revanche, la manière dont seront traitées à l'avenir les questions essentielles auxquelles la PAC a essayé de répondre depuis sa mise en oeuvre : celle de la régularisation de la production et celle de la productivité. Le fonctionnement du secteur agricole est complexe, et lent à infléchir. Et son mode d'évolution spontané, en l'absence d'intervention publique, est celui de crises successives de surproduction et de déficit, dont la PAC a heureusement protégé jusqu'à présent l'Europe. Elle l'a fait certes en régularisant les prix à des niveaux qui ont dû être adaptés depuis les années 80, mais la question de la régularisation subsiste en soi, quel que soit le niveau auquel elle s'opère. Par ailleurs, aucun secteur ne peut assurer durablement une rémunération du travail satisfaisante si la productivité moyenne du travail dans ce secteur s'écarte trop de l'évolution générale. L'accroissement de la production par travailleur s'est beaucoup appuyé jusqu'à présent sur l'accroissement de la productivité du sol et des animaux. Si cette voie est désormais remise en cause en raison de ses diverses conséquences (risques pour l'environnement, par exemple), d'autres méthodes devront nécessairement être recherchées pour accroître la productivité du travail agricole, ou modifier les conditions de sa rémunération.

Pour en savoir plus :

www.agriculture.gouv.fr

 

 

Paru sur le site du Premier Ministre
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