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Au pays de l’“or blanc”

Avec le plus grand domaine skiable du monde, la France est le numéro un mondial des sports d’hiver. Ce qui n’empêche pas la montagne française de toujours innover.

Par Emmanuel Thévenon, journaliste

Avec sept massifs (Alpes du Nord, Alpes du Sud, Pyrénées, Massif central, Jura, Vosges et Corse), la montagne couvre environ un cinquième du territoire français (120 000 kilomètres carrés) et jouit d’un bon enneigement. D’où l’idée des pouvoirs publics, à partir des années 1960, d’investir massivement dans l’"or blanc". Pari réussi : la France occupe aujourd’hui la première place mondiale en matière de sports d’hiver.

Durant la saison 2002-2003, 8 millions de skieurs, dont 2 millions d’étrangers (principalement des Britanniques, des Belges et des Néerlandais) ont été accueillis dans les 357 stations de sports d’hiver françaises, gérées pour la moitié d’entre elles par une structure publique ou parapublique. Près de 4 000 remontées mécaniques les ont hissés au sommet des 8 000 kilomètres de pistes qui sillonnent le plus grand domaine skiable du monde (1 180 kilomètres carrés). Ces skieurs se sont surtout adonnés aux joies du ski alpin, même si le ski nordique (ski de fond) est également bien représenté, et pas seulement sur les massifs de plus faible altitude (Jura, Massif central et Vosges).

Deux millions d’amateurs de ski de fond ont emprunté les 13 000 kilomètres de pistes damées et les 5 700 kilomètres d’itinéraires balisés mis à leur disposition par plus de 800 communes. Au total, l’activité touristique en montagne (été et hiver) a généré un chiffre d’affaires de 9,15 milliards d’euros.

Les champions des équipements de sports d’hiver

Diversité des pistes et des remontées, qualité de la neige, attente limitée au bas des pistes et encadrement compétent sont les principaux atouts de la France, qui glane un quart du marché européen du ski (32 millions de pratiquants sur tout le continent), devant l’Autriche, la Suisse et l’Italie. En dix ans, les profits engendrés par les remontées mécaniques ont crû de 31 %. Centrale dans l’économie montagnarde française, l’entreprise de remontées mécaniques Poma, dont le siège social est situé en Isère, est l’une des plus importantes sociétés de transport par câbles du monde, avec des installations sur les cinq continents.

Le dynamisme de ce secteur conforte aussi le commerce et l’industrie. Les 1 200 magasins de sport implantés dans les stations de montagne ont ainsi réalisé un chiffre d’affaires de 500 millions d’euros en 2002. Ils ont notamment vendu des matériels (skis, bâtons, snowboard, raquettes, chaussures...) signés Salomon, Rossignol ou Dynastar. Les trois marques françaises représentent ensemble plus de la moitié du chiffre d’affaires mondial (1,67 milliard d’euros) des équipements de sports d’hiver et exportent plus de 80 % de leur production.

A noter également l’essor de Sun Valley, installée à la Ciotat (sud de la France). Depuis vingt ans, cette société familiale de vêtements de sport a pris de l’envergure. Elle a su rebondir avec opportunité sur les tendances de la mode, notamment celle des nouvelles "glisses", qui ont explosé dans les années 1990.

En deux décennies, l’"or blanc" s’est donc affirmé comme une composante essentielle de l’économie des zones de montagnes, en apportant aux populations – les stations emploient 130 000 salariés – d’importantes possibilités de développement. A y regarder de plus près, la réalité est un peu plus complexe. En France, l’économie des sports d’hiver est en effet très concentrée. A eux seuls, les trois départements des Alpes du Nord (Haute-Savoie, Savoie et Isère), temple du ski alpin, représentent plus de 79 % du chiffre d’affaires des remontées mécaniques nationales. Dans les Pyrénées, 6 stations seulement totalisent 80 % des investissements.

De nouveaux espaces pour les amoureux des sports d’hiver à sensation. © DR/SunValley

Des investissements considérables

En ce début de XXIe siècle, et malgré une bonne santé globale, le milieu de la montagne doit faire face à plusieurs défis. L’adaptation au réchauffement de la planète n’est pas le moindre. Moins nombreuses, les chutes de neige se font aussi plus tardives et surviennent de manière anarchique. Cette pénurie pénalise surtout les pratiquants du ski de fond et les petites stations familiales peu élevées en altitude (entre 1 000 et 1 500 mètres), en déficit d’enneigement chronique. Les plus endettées sont appelées à disparaître ou à se reconvertir, en offrant d’autres activités à leurs clients. Nombreuses sont celles qui, potentiellement rentables, sont actuellement reprises par le secteur privé (Rémy-Loisirs, TransMontagne).

Conscientes que le danger pourrait les menacer dans une ou deux décennies, les stations de moyenne altitude (2 000 mètres) investissent massivement dans la neige artificielle. Serre-Chevalier (Hautes-Alpes) s’est doté de 350 canons à neige et l’Alpe-d’Huez de plus de 700. Fixes ou mobiles, ces installations produisent de la neige en pulvérisant de l’eau par temps froid. Mais la ressource étant limitée, cette évolution risque de poser à terme des problèmes d’approvisionnement, notamment en eau potable. Les écologistes craignent aussi les conséquences, pour le moment inconnues, du recours à des additifs chimiques ou bactériens destinés à remonter la température de congélation de l’eau.

Autre tendance : l’interconnexion des domaines skiables, qui permet d’offrir toujours plus de ski avec un minimum de remontées mécaniques. Témoin de cette évolution : le tout nouveau Vanoise Express, le téléphérique le plus important à ce jour, avec ses cabines à étages de 200 passagers ! "Tendue" simplement au-dessus d’une vallée, cette ligne de 1,8 km de longueur parcourue en trois minutes permet de rassembler les deux immenses domaines skiables des Arcs et de La Plagne (Alpes du Nord). Baptisé "Paradiski", l’ensemble ne totalise pas moins de 420 kilomètres de pistes. Au total, les stations de sports d’hiver ont consacré, en 2002, plus de 200 millions d’euros d’investissement dans leurs domaines skiables, soit près du tiers de leur chiffre d’affaires.

Enfin, le nombre de skieurs français, qui a augmenté régulièrement jusque dans les années 1990, a tendance à stagner. La fréquentation des étrangers régresse également un peu. Les séjours durent moins longtemps qu’auparavant et les visiteurs sont moins attachés à "leur" station. Certains renâclent, jugeant les prix trop élevés, et l’hébergement souvent étroit et impersonnel. Les études montrent qu’une partie de la clientèle est de plus en plus exigeante sur la qualité et le coût des services marchands, mais aussi de plus en plus sensible au "non marchand".

Tignes. Des installations à la pointe de la technologie. © R. Damoret/REA

Une offre qui s’adapte à de nouvelles exigences

Le milieu de l’"or blanc" tente de répondre à ces aspirations. Les stations ont compris la nécessité de se lancer dans des programmes de réhabilitation de l’immobilier de loisirs : patinoires, centres aquatiques, infrastructures d’accueil pour les enfants, sans oublier les grands-parents (bancs déneigés pour surveiller les petits sur les pistes de luge par exemple)... Certaines stations proposent même des pistes protégées et "réservées" aux familles afin que petits et grands puissent pratiquer tranquillement le ski ensemble. Il s’agit d’élargir la clientèle en suggérant d’autres activités que la glisse : remise en forme, nature, terroir, artisanat, VTT neige, randonnées (avec des accès pour piétons aux remontées)...

Les skieurs ne sont pas oubliés, loin s’en faut. Notamment ceux qui recherchent des sensations nouvelles sans forcément avoir envie de prendre le risque de faire du hors-piste. La création de snowparks, que ce soit aux Arcs ou à Avoriaz au début des années 1990, répondait à l’arrivée en trombe du snowboard. Depuis, Nicolas Mermoud, qui dirige le bureau d’études Sparks, a conçu, pour les Deux-Alpes, un nouveau type de piste : le slide. Il propose, sur 150 hectares, un ensemble de parcours grand public permettant de s’initier à la vitesse, au cross, au saut de barres rocheuses... Un concept qui pourrait bien faire des émules dans toutes les montagnes françaises !

 

La montagne française en chiffres

• Domaines skiables : 357 stations (1 180 kilomètres carrés), dont plus de la moitié est gérée par des structures publiques ou parapubliques.

• Equipements : 4 000 remontées mécaniques, pour 750 millions d’euros de chiffre d’affaires.

• Effectifs : 128 500 salariés (dont 2 500 pisteurs-secouristes et 14 300 moniteurs diplômés).

• Revenus du tourisme de montagne : environ 10 milliards d’euros.

• Pratiquants : 8 millions, dont 2 millions d’étrangers.

Avec l'aimable autorisation de Label France

 

 

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